Attentats, crise des réfugiés… Il est urgent d’agir sur les causes !

Vendredi 13 novembre, la guerre que la France mène contre les djihadistes à plusieurs milliers de kilomètres s’est invitée sur notre territoire. A travers ces monstrueux attentats coordonnés, nos ennemis ont frappé près de 500 personnes au hasard à Paris et à St Denis et ont déchiré le cœur des Français.

Après le moment de recueillement et de compassion à l’égard des proches des victimes et des blessés, des questions essentielles viennent à nous. Que faut-il faire face au risque de nouveaux attentats ? Les Français ne sont-ils plus en sécurité ? Le terrorisme est-il la plus grande menace aujourd’hui pour notre peuple et l’Occident en général ?

Dans l’immédiat, ces attentats viennent rappeler que la France est activement engagée dans plusieurs guerres au Moyen-Orient et en Afrique contre des groupes djihadistes. Ceci en l’absence de réel débat politique dans la population sur les objectifs et la stratégie qui est ainsi menée. Que l’on soit d’accord ou pas avec ces interventions militaires, elles font de la France une cible prioritaire pour ceux que nos soldats combattent dans d’autres pays. L’attentat contre l’équipe de Charlie Hebdo pouvait laisser croire que seules des personnes ciblées (et leur entourage par ricochet) pouvaient craindre pour leur vie mais l’horreur du vendredi 13 novembre est venue dramatiquement montrer que les terroristes visent désormais à l’aveugle en France et probablement aussi toute représentation française à l’étranger.

Surveiller les terroristes ou les militants écologistes non-violents ?

Tant que nous serons en guerre (officielle ou officieuse), les risques d’attentats seront bien présents. Il est illusoire de penser que la présence de nombreuses forces de l’ordre sur le terrain empêchera des nouveaux attentats comme le démontrent ceux de vendredi. Paris est sans doute la ville où la police et les militaires mobilisés sont les plus présents au m2. Mais ils n’empêcheront jamais tous les kamikazes de venir tuer à grande échelle dans les nombreux lieux fréquentés à Paris et ailleurs. On ne va pas mettre un militaire dans chaque bus, chaque rame de métro, chaque bar, chaque restaurant, etc… Et si on le faisait, il serait sans doute la première victime du terroriste qui mitraillerait ensuite le public.

En attendant de voir les effets d’une réelle action efficace sur les causes (dont je parlerais plus loin), c’est bien le renforcement de la surveillance des djihadistes et des personnes radicalisées qui réduira le nombre de passages à l’acte et donc de victimes. Lorsque l’on voit les moyens disproportionnés déployés contre des militants pacifistes pour imposer par la force des projets inutiles et dangereux comme à Sivens, Notre-Dame des Landes, etc, on ne peut qu’être choqué que ces forces de l’ordre et de surveillance ne soient pas plutôt affectées à la lutte contre les vrais terroristes. Il est scandaleux que le gouvernement mobilise plusieurs agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour identifier les auteurs d’un piratage informatique de sites web protestant contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires CIGEO alors que la DGSI manque de moyens pour surveiller les terroristes potentiels ! Selon Le Monde le 14/11/15 : « La DGSI suit spécifiquement ce que nous appelons le “haut du spectre”, c’est-à-dire les individus les plus dangereux », a assuré M. Cazeneuve à Libération, le 12 novembre. Vraiment ?

Le terrorisme n’est pas la plus grande menace

Même si c’est un drame immense pour les blessés et les proches des victimes, l’émotion ne doit pas nous faire perdre la raison. Le risque individuel d’être une victime au hasard d’un attentat reste moins élevé que celui de mourir d’un accident de transports par exemple. Si l’on regarde froidement le nombre de victimes potentielles, le terrorisme n’est pas la plus grande menace aujourd’hui pour notre peuple.

Par exemple, selon un article paru dans Ouest-France le 15/07/15, « Les particules, un des principaux polluants atmosphériques avec l’ozone et les oxydes d’azote, sont responsables de 42 000 morts prématurées en France chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ». Selon une commission d’enquête du Sénat, cette pollution de l’air coûte plus de 100 milliards d’euros par an à la France… Et que dire de l’absence de prévention sérieuse sur les risques liés aux pesticides, aux milliers de molécules chimiques, aux ondes électromagnétiques, etc ? Combien de nouveaux scandales de type amiante en devenir ? Rappelons que le danger de l’amiante a été dévoilé par l’Académie des sciences de New York en 1964 et que la France a été un des pays les plus lents à l’interdire, plus de 30 ans plus tard. Selon les travaux menés par l’Institut de veille sanitaire (INVS), l’amiante a déjà fait entre 61 000 et 118 000 morts entre 1995 et 2009 et pourrait en faire encore 100 000 de plus d’ici 2050…

Tous ces morts-là, victimes de la pollution de leur milieu de vie ou de travail et qui meurent généralement après des années de souffrances sont-ils moins importants que les victimes d’attentats car ils meurent loin des caméras ? Il suffit de faire quelques recherches sur Internet pour constater que des dizaines de milliers de morts évitables par des réelles politiques de prévention existent aussi dans tous les pays de l’Occident (même si les polluants peuvent varier).

Et que dire des 16 000 enfants de moins de 5 ans qui meurent encore chaque jour et dont « près de la moitié des décès est associée à la malnutrition », qui affaiblit la résistance des enfants aux maladies, selon l’ONU ? 8000 enfants morts par jour, 3 millions par an, largement évitables ! Où est la coalition internationale contre cette crise majeure quotidienne ?

La question s’est posée d’annuler la COP21 au prétexte que la menace terroriste serait plus importante que le changement climatique. La catastrophe climatique annoncée par les scientifiques, dans le cas où les Etats ne décident pas enfin d’agir à la hauteur des enjeux, menace l’ensemble des êtres humains (et la majorité des espèces animales et végétales). Des centaines de millions de personnes en seront les victimes voire, nous disent les scientifiques, l’humanité toute entière si l’emballement s’amplifie et sort définitivement de toute influence possible des humains. Nous sommes là sur des effets irréversibles à l’échelle de la planète et pour des siècles. Le terrorisme est lié aux relations entre êtres humains donc, même si c’est peu probable, on peut imaginer que les sociétés arrivent à l’éradiquer ou au moins à le limiter à un faible niveau d’impact. Les enjeux ne sont pas du tout les mêmes.

L’implosion de nos sociétés ?

Au-delà du choc psychologique de ces terribles attentats en direct sur les chaînes TV, il faut donc regarder avec lucidité ce qui menace notre avenir, collectivement et individuellement. Si nous n’agissons pas sur les causes des guerres actuelles et futures, sur celles des migrations massives et des risques croissants de pénuries alimentaires, ce ne sont pas des attentats qui feront de nombreuses victimes dans notre pays et en Europe mais vraisemblablement des guerres civiles. Comment ne pas voir venir la confrontation entre une partie de la population ouverte sur le monde, portant des valeurs de solidarité et de tolérance et une autre attirée par le repli sur soi et prête (pour certains dès aujourd’hui) à tirer à balle réelle sur des migrants fuyant la misère ou la répression ? Combien d’affrontements meurtriers à venir entre celles et ceux luttant pour leur survie morale et les autre prêts à tuer pour leur survie matérielle ?

Certains verront là des propos irrationnels, complètement catastrophistes dans la bouche d’un écolo une fois de plus… Pourtant, c’est l’expérience d’une sorte de guerre civile locale à Sivens qui me fait craindre ce qu’il peut advenir si la population devient sous pression de migrations massives notamment dues à la crise climatique en cours. Regardons tous ces murs s’ériger les uns après les autres aux frontières au cœur de notre Europe alors que le nombre de migrants fuyant la guerre en Syrie et en Irak reste à la hauteur des capacités d’accueil des 500 millions d’européens (UE). Rappelons-nous les 120 000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens accueillis et installés durablement en France… Pour de multiples raisons, notamment irrationnelles, beaucoup de gens ont peur aujourd’hui, ils se sentent menacés et les migrants vont en faire les frais.

Si nous ne mettons pas en place rapidement des politiques de commerce équitable et de coopération dans les secteurs essentiels avec nos voisins d’Afrique et du Moyen-Orient, ce sont plusieurs millions de personnes fuyant la misère et les conflits qu’elle génère qui tenteront de rejoindre l’Europe en moyenne chaque année. Qu’adviendra-t-il si l’Europe est alors dirigée par des gouvernements d’extrême-droite repliés égoïstement chacun dans les frontières des nations ? Comment nos sociétés ne pourront-elles pas imploser face au dilemme de secourir ou de laisser mourir en Méditerranée des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ? Pour ma part, je préfère prendre le risque de mourir plutôt que de laisser notre humanité s’enfoncer dans un tel barbarisme.

Mettre fin à la misère et l’humiliation par des politiques solidaires ici et là-bas

Et même en écartant les risques de guerres civiles ou intra-étatiques en Europe pour se limiter au risque terroriste djihadiste, il est nécessaire de mener ces politiques écologistes et altermondialistes pour améliorer les conditions socio-économiques partout pour éviter d’augmenter le nombre de candidats au djihad. De nombreux observateurs indiquent que Boko Haram (désormais l’« État islamique en Afrique de l’Ouest ») s’est implanté en exploitant la situation de conflit agricole lié à la disparition en dix ans de 80 % de la surface du lac Tchad. « Quand le ventre est vide, la tête ne réfléchit pas » selon la coordinatrice de l’association des femmes peules autochtones du Tchad citée dans la Voix du Nord (voir aussi ce reportage de RFI). En Syrie, ce sont près d’un million de personnes, touchées par l’insécurité alimentaire liée à plusieurs années de sécheresses, qui ont rejoint les centres urbains. « Un exode rural qui a contribué à faire basculer le pays dans le conflit » selon plusieurs chercheurs cités dans un article du 11/09/15 dans Le Monde. Conflit ayant déjà fait plus de 250 000 morts en quatre ans et auxquels les terroristes se seraient référés au Bataclan pour perpétrer leur massacre. Alors que des écologistes comme René Dumont ont lancé l’alerte il y a plus de 40 ans, combien de temps allons-nous perdre encore ? Ne récoltons-nous pas aussi le fruit de l’abandon de nombreuses populations dans nos villes qui ont été laissées dans la misère sociale et l’humiliation au quotidien ?

En se limitant à la voie sécuritaire et à la poursuite du soutien aux dictateurs de ces pays, les Européens ne vont faire que générer de plus en plus de frustrations et d’humiliations parmi ces peuples qui entraineront à leur tour une montée du terrorisme. Cette escalade de la violence nous entraîne vers le pire des scénarios pour nos démocraties européennes mais surtout elle fait reculer d’un bond l’espoir d’obtenir enfin un monde apaisé à l’image de ce que l’Europe a su construire avec diplomatie et courage depuis les atrocités de la 2e guerre mondiale.

Construire la solidarité humaine ou s’enfoncer dans la violence…

Notre jeunesse a aujourd’hui un choix clair entre un sursaut démocratique et engagé sur le long terme à faire vivre une solidarité entre humains (au-delà de toute différence de couleur de peau, de religion, etc) face à la menace climatique et une spirale infernale d’égoïsmes et de violences qui leur mettra, de gré ou de force, une arme entre les mains dans les 20 prochaines années. En y réfléchissant un instant, chacun peut imaginer les cercles vertueux et vicieux qu’entraineront nos choix politiques des prochaines années.

Pour éliminer en grande partie les causes des guerres et migrations massives annoncées, j’ai déjà avancé quelques pistes dans le billet ci-dessous publié le 4 septembre 2015 sur mon blog Médiapart. Ce ne sont pas des recettes miracles mais des politiques qui ont fait leur preuves sur le terrain et qui pourraient être efficaces à moyen et long terme. Il y a urgence à ce que celles et ceux qui veulent construire la paix, ici et partout dans le monde, autour des principes de liberté, d’égalité et de fraternité se mobilisent vraiment. Pour l’heure, tous les moyens non-violents doivent être mobilisés, dans nos actes quotidiens, dans les mobilisations collectives et dans les urnes pour ne pas laisser le FN conquérir le pouvoir grâce à l’abstention… Agissons avant qu’un régime autoritaire ne brise nos rêves humanistes !

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