Merci à tous pour votre soutien !

Bonjour à toutes et à tous,

Tout d’abord, merci aux 763 personnes qui nous ont apporté leur soutien dimanche dernier en déposant le bulletin de notre candidature citoyenne dans l’urne.

Merci à Corinne & Claude, Françoise, Claude, Aurélie, Stéphane, Jacqueline, Nadine, Dominique, Christa, Jean-Pierre, Laura, Christian, Hélène, Elsa, Fabrice et toutes celles et ceux qui ont contribué avec le sourire et une énergie renouvelée et renouvelable à cette aventure.

Merci à celles et à ceux qui m’ont côtoyé ces 30 dernières années pour leur message de soutien

Merci aussi à l’équipe de La Relève Citoyenne qui nous a fourni, nous candidats citoyens, un accompagnement formidable dans des délais très courts. Merci aussi aux candidats et équipes du Parti Pirate, d’A Nous la Démocratie, de Demain en commun et de tous les autres mouvements regroupés dans l’Archipel Citoyen et la Caisse Claire.

Avec seulement 765 voix sur notre circonscription et 1.37 % des votes exprimés, nous sommes évidemment très loin d’avoir réussi notre pari de remobiliser les abstentionnistes ! S’ils se sont bien mobilisés, c’est plutôt pour convaincre 10 000 personnes de les rejoindre si l’on compare avec le 1er tour des élections législatives de 2012 (déjà 37 570 abstentionnistes pour 36 % des inscrits à l’époque).

Si nous avons été si peu soutenus, ce n’est pas faute d’avoir réussi à être aussi visible que les candidats des partis politiques sur les panneaux officiels comme dans les enveloppes. Même si nous avons consacré de l’énergie à être présents sur Internet (blog détaillé, Twitter, Facebook, 9 lettres de campagne, 2 vidéos juste avant le 1er tour…), il est clair qu’il aurait fallu commencer la campagne beaucoup plus tôt pour compenser l’absence de notoriété comparé à tous les partis politiques connus et qui sortaient d’une campagne présidentielle médiatisée.

Mais les causes de ce faible résultat sont à chercher aussi ailleurs. Le rejet des partis politiques est-il si important que l’analysent de nombreuses études ? Certes, l’apparent renouvellement du personnel politique par le vote en faveur de La république en marche (LREM) peut sembler conforter ces études et expliquer les résultats de dimanche. Mais leur succès probable en nombre d’élus ne doit pas occulter qu’il ne repose que sur un faible soutien de la population comme nous le verrons ci-dessous.

Est-ce parce que « les électeurs, malgré leur intérêt pour les alternatives, restent trop souvent traditionnels une fois dans l’isoloir », une crainte que je partageais il y a quelques jours avec la journaliste d’Actu-Environnement (voir l‘article) ? C’est ce que l’on pourrait en déduire en constatant que face à un candidat écologiste issu d’EELV et à un autre, indépendant mais connu localement pour son engagement sur le terrain, trois fois plus d’électeurs choisissent celui présenté par le parti politique.

Y-a-t-il  des particularités dans mon profil, dans mon comportement ou dans mes propositions qui ont créé un rejet chez des électeurs qui semblent pourtant partager l’urgence de transitions et la nécessité de faire de la politique vraiment autrement ? Face au scandale de détournement d’argent public par des députés pour leur profit personnel ou familial, j’étais pourtant le seul candidat à m’engager à reverser 50% de mes indemnités et à faire contrôler mon budget de manière collective et transparente.

Beaucoup de questions se posent donc pour comprendre ce qui n’a pas suscité l’adhésion ou au contraire ce qui a encouragé plus de 700 personnes à voter pour notre candidature citoyenne. Cette réflexion sera partagée au niveau national avec les autres candidats de l’Archipel citoyen dont seuls 27 ont dépassé les 1%…

Même Charlotte Marchandise, dynamique et médiatique candidate, n’a mobilisé que 1059 votants. Plus triste encore, l’excellente députée citoyenne Isabelle Attard, pourtant sans candidats des partis de gauche ni du PS face à elle, n’est pas qualifiée pour le second tour.

Pour faire collectivement un bilan et discuter des perspectives de candidatures citoyennes aux prochaines échéances électorales, nous allons vous proposer une rencontre fin juin.

Si vous le pouvez, merci de soutenir financièrement
cette campagne citoyenne !

N’ayant pas obtenu les fameux 5% au-delà duquel les frais de campagne sont remboursés, les dépenses restent à notre charge.

Nous avons été économes avec environ 3 500 € de dépenses (la moyenne des candidats dépensent 30 000 € !) réparties comme suit :

  • 2 300 € d’impression pour la « propagande officielle » (110 000 bulletins de vote, 110 000 professions de foi, 270 affiches)
  • 800 € pour la soirée à Albi, les tracts, etc
  • 400 € d’expert comptable obligatoire et frais bancaires.

Tous les détails pratiques pour effectuer un don déductible des impôts (66%) sont sur cette page.

Je compte sur votre soutien !

Ben Lefetey

Une minorité de Français-es s’accapare
la majorité de l’Assemblée nationale

Le « raz-de-marée » de La république en marche (LREM) est réel à l’Assemblée nationale mais ce n’est nullement par soutien d’une majorité de Français-es. Avec près de 6.4 millions de voix, c’est seulement 13.43 % des inscrits qui ont voté pour les candidats d’E Macron. C’est-à-dire moins d’électeurs qu’à l’élection présidentielle pour lui (2.2 millions de moins) mais aussi moins que le nombre de voix obtenues par Le Pen, Fillon ou Mélenchon le 23 avril 2017.

Non, ce qui permet au président de la République de capter les trois quarts des sièges de député, c’est l’effondrement des autres partis politiques. Pour preuve, en 2002, après le séisme de l’élimination de Lionel Jospin au 1er tour des présidentielles, avec, pourtant, un meilleur résultat que LREM en pourcentage des inscrits (14.85 %), le PS obtenait seulement 140 député-es en 2002 et était renvoyé dans l’opposition. Dimanche dernier, c’est 10 millions d’abstentionnistes de plus qu’il y a 15 ans qui ne sont pas allés voter pour d’autres candidats que ceux de LREM. Ce qui  lui permet donc d’être en tête dans la plupart des circonscriptions avec un nombre de voix assez faible.

C’est une leçon à retenir pour l’avenir. Dans un contexte de fatalisme très élevé, le FN pourrait tout à fait être en mesure de gouverner seul en emportant les élections législatives avec son niveau électoral actuel.

Imaginons d’ailleurs que dimanche dernier, les électeurs FN du 23 avril (7,6 millions) voire ceux du second tour de la présidentielle (10.6 millions) se soient tous mobilisés, c’est le parti xénophobe qui serait en tête dans ces centaines de circonscriptions à la place de LREM ! Probablement que, dans cette hypothèse, il y aurait eu à nouveau une mobilisation des électeurs au 2e tour pour leur faire barrage mais combien de temps cela fonctionnera-t-il encore ? Le résultat de dimanche dernier doit nous faire réfléchir sur les risques que peut entraîner une abstention massive à l’avenir…

La France Insoumise a-t-elle raison d’accuser les autres
pour son absence du 2e tour ?

Arrivés 3e avec 14.69% des votes exprimés mais seulement 7.75 % des inscrits, les candidats de la France Insoumise ne sont pas qualifiés pour le second tour (il fallait soit recueillir au moins 12.5 % des inscrits soit arriver en 2e position). Ils leur manquent 1206 voix pour être devant le FN et ainsi 2e.

Je vois déjà des réactions d’Insoumis qui accusent le PC (1943 voix) et EELV (2250) d’avoir ainsi empêché la FI d’être au second tour (en passant devant le FN) et, pourquoi pas, de gagner. Avec mes 765 voix, je n’ai pas influencé ce résultat mais si j’avais fait le double, je serais aussi dans le viseur…

Pourtant, la FI Tarn devrait bien regarder l’ensemble du résultat et celui de la présidentielle 2017. Comme je l’annonçais dans mon édito du 7 juin, les résultats de 2012 montraient qu’il y a une perte de voix entre la présidentielle et les législatives (56% de voix en moins pour le candidat Front de Gauche comparé à JL Mélenchon pour la présidentielle 2012).

Nous sommes là dans le même ordre d’idée. T Domenech (8213 voix) perd 58% des voix qui se sont portées sur JL Mélenchon le 23  avril 2017 (19 522 voix). Même en cumulant celles obtenues par la FI+PC+EELV+moi (soit 13 171 voix), on observe que 33% des voix ont été perdues (soit 6351 voix, probablement dans l’abstention).

La perte est parfois impressionnante comme à Graulhet (moins 72% pour T Domenech et moins 60% pour FI+PC+EELV+moi…) où la FI du Tarn a pourtant organisé un gros événement de campagne, le Printemps du Peuple, le 27 mai dernier.

Dit autrement, si la FI du Tarn avait réussi à mobiliser tous les électeurs de JL Mélenchon qui ne sont pas allés voter pour d’autres candidats, T Domenech aurait recueilli environ 14 500 voix soit plus que le seuil des 13 253 voix nécessaires pour dépasser les 12.5% des inscrits et largement plus que ce qui était nécessaire pour passer devant le Front National.

En refusant toute discussion pour des candidatures communes, la FI doit assumer le résultat. Oui, une candidature commune à FI/PC/EELV (comme pour les régionales 2015 avec Nouveau Monde) aurait sans doute permis d’être au second tour pour ces partis voire de gagner la circonscription. Chacun d’eux a sa part de responsabilité dans cet échec.

La FI a toute la sienne. Comme à l’élection présidentielle, elle a espéré gagner seule sans avoir à s’associer avec d’autres avec les conséquences qui en découlent c’est-à-dire un partage des responsabilités dans la campagne et dans la gestion du pouvoir une fois élus.

On peut comprendre que les candidat-es et les militant-es qui ont beaucoup donné pendant la campagne soient déçu-es. Ce n’’est pas une raison pour regarder les résultats de manière biaisée pour mieux accuser les autres de son propre échec.

Et si les milliards d’euros du Linky servaient plutôt à lutter contre la précarité énergétique ?

L’installation des 35 millions de compteurs Linky a commencé. Elle suscite une opposition légitime de la part de nombreux citoyens et collectivités tant les bienfaits du compteur pour l’usager sont loin d’être démontrés.  Côté risques, le site Internet de Robin des Toits en détaille de nombreux sans qu’ERDF ne soit en mesure, pour l’instant, de donner des garanties pour les consommateurs.

Parmi les arguments mis en avant par ERDF pour justifier cet investissement de 5 milliards d’euros, je me suis intéressé à celui sur les économies d’électricité. Un sujet qui, comme tout écologiste conscient de la nécessité d’aller vers la sobriété énergétique, me tient à cœur.

Selon ERDF, « avec le compteur Linky, je peux suivre ma consommation sur un site Internet, mieux la comprendre et agir pour la maîtriser ». Mais pour l’association de consommateurs UFC-Que choisir interrogée par Le Monde, « initialement, Linky a été développé par ERDF avant tout pour mieux gérer son réseau. Ce portail dédié mis à disposition par ERDF – dont les données ne sont affichées qu’en kilowatt-heure et non en euros – n’offre qu’un service de base peu attractif ». Déplorant que la phase d’expérimentation ait essentiellement consisté en des tests techniques, et n’est jamais été pensée d’un point de vue du consommateur, le représentant UFC-Que choisir dénonce la propagande d’ERDF : « Le compteur en soi, certes communiquant, ne permet pas de faire des économies, insiste-t-il. Ce sont les services développés autour, en interconnexion, qui en feront un outil de maîtrise de la consommation d’énergie. »

Bon, c’est donc toujours la seule volonté du consommateur de faire des économies qui importe. Pas besoin de Linky pour suivre sa consommation, personnellement je relève le compteur actuel tous les mois ce qui suffit largement pour vérifier si nos actions d’économies d’électricité sont efficaces. A l’inverse, toute personne qui s’en contrefout de l’écologie, des guerres liées à l’énergie ou simplement de ses dépenses, n’ira pas plus voir ses consommations avec Linky que maintenant…

Au lieu de tromper les consommateurs avec cet argument bidon, ERDF pourrait utiliser différemment ces 5 milliards € pour réduire de manière sûre la consommation d’électricité. 5 Mds €, ce n’est pas rien quand même comme budget, on peut en faire des choses avec tout cet argent ! Voici au moins 2 idées qui pourraient avoir des impacts positifs au niveau social comme environnemental.

Avec 5 milliards d’euros, on pourrait équiper tous les ménages en ampoules LED

Un rapide calcul montre qu’on pourrait économiser environ 6 % de l’électricité consommée par les ménages. En effet, le coût d’installation d’un compteur Linky est de 143 € environ (5 Mds € / 35 millions de compteurs). Selon l’ADEME, chaque ménage dispose en moyenne de 25 ampoules. Les ampoules LED  (« Light Emitting Diode », « Diode Electro-luminescente » en français) sont actuellement les plus économes en énergie. Elles sont vendues actuellement autour de 5 € (11 modèles à ce prix chez Ikéa, les moins chers étant à 1,5 € l’ampoule). On peut imaginer que des ampoules LED de qualité fabriquées en France reviendraient à maximum 4 €/ampoule. Si ERDF mettait à disposition gratuite 25 ampoules LED par ménage (évidemment celles qui sont classées comme ne présentant pas de risque pour les yeux), cela lui coûterait donc 100 € et il y aurait encore 43 € de budget pour gérer le dispositif de communication, distribution des ampoules, recyclage des anciennes, etc.

Combien économiserait-on si tous les ménages passaient aux ampoules LED ?

En électricité, selon l’ADEME, chaque ménage français (avec ses « 25 points lumineux ») consomme entre 325 et 450 kWh par an pour son éclairage. Soit 388 kWh par an en moyenne.

Ne trouvant pas le mode de calcul de l’ADEME (quel type d’ampoule, nombre d’heure d’éclairage, etc), j’ai estimé une consommation moyenne par an pour les 25 point lumineux équipé en ampoule LED (voir calcul en bas de page). J’arrive à 183 kWh/an.

Sur cette base, les ménages passeraient donc de 388 kWh/an à 183 kWh/an et diviseraient ainsi en moyenne leur consommation d’éclairage par 2,1. Pour les consommateurs d’électricité 100% renouvelable comme chez Enercoop, le kWh est à 0,16 € (abonnement compris). Soit 33 € d’économie chaque année. Environ 1/3 en moins pour les clients du dumping nucléaire d’EDF…

Ramené à l’ensemble des 28 millions de ménages, ça ferait tout de même 5,74 Gwh/an d’économie soit l’équivalent de 94 % de la production d’un réacteur de Fessemheim ! Pour François Hollande qui ne sait pas comment tenir sa promesse de fermer des centrales nucléaires, voilà une bonne nouvelle…

Conclusion, si ERDF consacrait plutôt les 5 Mds € à aider les ménages à passer à l’éclairage LED, y aurait 6% d’économies d’électricité garanties (et non virtuelles comme Linky) avec une baisse des factures aussi pour les consommateurs. Et au lieu de produire des Linkys inutiles, les ouvriers-ères des usines françaises fabriqueraient les quelques 700 millions d’ampoules LED nécessaires (un peu moins car nous sommes déjà quelques-uns équipés…). Bon, ces chiffres sont à affiner par les connaisseurs mais ça donne un ordre de grandeur qui montre les potentiels avec un tel budget.

Encore mieux, ERDF pourrait lutter contre la précarité énergétique !

Agir sur l’éclairage de tous les ménages serait une bonne mesure mais il serait encore plus juste de consacrer ces 5 Mds € à aider en priorité les 5 millions de ménages touchées par la précarité énergétique (chiffres 2006 selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, 2014).

Je n’ai pas le temps de faire les recherches et les calculs sur le potentiel de ce point de vue mais citer le dossier spécial de la Fondation Abbé Pierre suffit à comprendre les besoins criants :

« La France compte près de 4 millions de logements « passoires thermiques » dans lesquels vivent pour une bonne part des ménages modestes, qui n’ont pas accès à des logements de qualité et thermiquement performants. Des mesures ont été engagées sur le parc social (objectif de 120 000 rénovations HLM/an). Pour le parc privé et suite aux préconisations du rapport « Précarité énergétique » du Plan Bâtiment Grenelle, le programme Habiter Mieux (Anah) intervient depuis 2011. Il a connu une progression notable pour atteindre 50 000 logements rénovés en 2014, près de 100 000 cumulés depuis le lancement. Cependant les objectifs fixés pour ce programme restent décalés des enjeux quantitatifs. Au rythme actuel, la France aura traité le problème en …2095. »

En toute cohérence, ERDF pourrait donc aider en priorité les ménages vivant dans ces « passoires thermiques » et qui sont équipées des chauffages électriques. Parmi ceux-ci, beaucoup vivent dans un HLM (800 000 logements HLM sont très mal isolés).

On pourrait donc imaginer que ce budget de 5 Mds € serve à isoler 250 000 logements HLM (20 000 € en moyenne) ce qui améliorerait le quotidien de probablement 1 million de personnes ! Encore mieux, en profiter pour remplacer ces aberrations énergétiques que sont les vieux chauffages électriques et les remplacer par des chauffages par énergies renouvelables. Là aussi, il y aurait un sacré paquet d’emplois à la clé ! Et cela pourrait aussi aider ERDF et EDF à réduire leurs problèmes liés au pic de consommation l’hiver quand des millions de personnes déclenchent en fin de journée leurs énergivores chauffages électriques…

Quelles que soient les mesures envisagées, on voit bien que ces 5 milliards d’euros qu’ERDF veut investir dans Linky pourraient être bien mieux utilisés autrement. ERDF et EDF font croire que le consommateur ne paiera pas pour l’installation du Linky mais qui est naïf à ce point ? Nous savons très bien que c’est bien le lui qui paiera tôt ou tard cette dépense.

Il me semble que le mouvement d’opposition à Linky qui grandit actuellement partout en France devrait s’allier avec les organisations qui luttent contre la précarité énergétique. Cela apporterait non seulement du poids supplémentaire auprès d’ERDF et des élus mais aussi plus de sens encore en portant ensemble des alternatives sociales et environnementales à ce nouveau scandale.

NB : Calcul pour arriver à 183 kWh/an de consommation en éclairage LED

Une consommation totale de 100 W/h pour les 25 ampoules réparties ainsi : 3 de 7W, 9 de 5W, 10 de 3W et 3 de 1W soit 99 W/h arrondis à 100 W/h).

Une durée de 5h par jour X 365 jrs = 1825 h/an.

Consommation totale 100 W/h X 1825 h/an = 182 500 W/an = 182.5 kWh/an arrondi à 183.

NB 2 : Notons que les 183 kWh/an que j’obtiens correspondent d’ailleurs à la « Consommation annuelle par logement » pour l’éclairage dans le Scénario NégaWatt 2011 pour l’année 2020 (« Tableau 20 : Évolution de la consommation d’électricité spécifique liée à l’éclairage dans le secteur résidentiel » de « Partie 2 – Sobriété et efficacité énergétiques : analyse sectorielle sur la demande ») même si le calcul est totalement différent.

Ce document est publié sous licence Creative Commons BY-ND-NC

Un an après son discours écolo, la trahison de Hollande éclate au grand jour !

Hollande conf envt 2014

Le 27 novembre 2014, un mois après la mort de Rémi Fraisse à Sivens, François Hollande annonce lors de la troisième Conférence environnementale  que des leçons vont en être tirées. Il déclare que « Sivens exige donc d’accomplir des progrès supplémentaires de la participation des citoyens dans la délibération de la décision publique et c’est ce que nous allons décider. Tout doit être fait pour que sur chaque grand projet tous les points de vue soient considérés, toutes les alternatives soient posées, que tous les enjeux soient pris en compte mais que l’intérêt général puisse être dégagé car, il y a un intérêt général, il n’y a pas que la somme des intérêts particuliers ». Il s’engage alors à lancer un « chantier sur la démocratie participative » sur 6 mois dont les conclusions « seront aussitôt mises en œuvre ».

Un an plus tard, des collectifs citoyens qui luttent contre les projets inutiles et imposés (Notre-Dame des Landes, Sivens, LGV Sud-Ouest, plusieurs autoroutes, etc) et des associations nationales (France Nature Environnement, Agir pour l’Environnement, Les Amis de la Terre, etc) ont fait leur bilan : non seulement cet engagement du Président de la République n’a pas été tenu (comme tant d’autres…) mais ils font même le constat d’une régression démocratique sur les questions d’environnement. Voir les articles et communiqués.

Comme pour bien faire comprendre aux militants écologistes qu’il n’a aucunement le souhait d’encourager la « participation des citoyens dans la délibération de la décision publique », François Hollande célèbre le premier anniversaire de ce beau discours vert en assignant à résidence 24 militants écologistes ! Selon un article dans Médiapart, ces assignations à résidence ont formellement pour but d’ « empêcher leur éventuelle participation à la mobilisation citoyenne interdite autour de la COP21 ».

Dans un même élan démocratique, le gouvernement a fait boucler à Saclay (Essonne) la zone où des opposants aux grands projets d’infrastructures (Notre-Dame-des-Landes, Roybon, Bure…) se retrouvaient (arrivant pour certains à vélo) en vue de la marche sur le climat à Paris le 29 novembre. Cette dernière a opportunément été interdite à Paris sous prétexte d’état d’urgence comme dans près de 20 villes de France. Les contrevenants à cette interdiction encourent 6 mois de prison et 7500 € d’amende !

Comble de l’hypocrisie pour une interdiction censée réduire les cibles potentielles d’attentats, la Préfecture du Tarn précise dans son arrêté que « les animations commerciales telles que les brocantes, braderies, marchés, fêtes foraines, agricoles… ne sont pas concernées par cette interdiction et peuvent donc être organisées normalement en y renforçant les mesures préventives de sécurité »… Faudrait quand même pas qu’interdire les manifestations contre la société de consommation qui génère le changement climatique fasse du tort au commerce ! Circulez, et surtout consommez toujours plus, y a rien à voir !

Mais nous sommes nombreux à considérer que le changement climatique est la plus grande menace qui pèse sur le peuple français et l’humanité toute entière. Nous restons donc mobilisés durant la COP21 et dès ce week-end :

La tracto-vélo partie de Notre Dame des Landes, rejointe par des convois partis d’Agen, de Dijon, Bure ou de Forcalquier, se clôture ce samedi 28/11 à la bordure de Paris pour un grand banquet des zads et autres espaces en résistance. Ils appellent ceux et celles qui souhaitent partager ce banquet avec eux en toute convivialité à les rejoindre à 14h à Versailles au RER C Château de Versailles – rive gauche (voir précisions importantes).

Demain dimanche 29 novembre de 12h à 13h à Paris, Alternatiba et ATTAC (qui donne les détails pratiques ici) organisent l’opération « prenons-nous en mains pour un climat de paix ! ». Pour leur part, FNE, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace et le WWF ont lancé le site www.march4me.org , un dispositif digital permettant de mettre en lien les personnes qui sont empêchées de marcher en France avec celles qui pourront marcher à travers le monde.

Pour ma part, comme Gérard Onesta, tête de liste du rassemblement citoyen, écologiste et solidaire aux élections régionales, rassemblement que je soutiens, je ferai partie des citoyens qui se baladeront à Toulouse demain midi…

A noter que le documentaire « Ecolos : ennemis d’Etat », de la journaliste Nolwenn Le Fustec, sera diffusé, pour l’ouverture de la COP21, lundi 30 novembre à 22h45 sur Canal + (Spécial investigation) en crypté (abonnés Canal +). Et rediffusé en clair sur C+ lundi 7 décembre à 15h10. Voir la bande-annonce.

Crise des réfugiés et des éleveurs : agir sur les causes à travers des politiques écologistes et altermondialistes

Une crise chasse l’autre habituellement sur les écrans de TV. Mais depuis le début de l’été, deux crises se disputent la couverture médiatique en France. Et en ce jeudi 3 septembre 2015, les gros tracteurs  de la FNSEA ont obtenu la Une au détriment de la photo choc de ce petit garçon mort noyé d’avoir cru au rêve européen. Tout au moins jusqu’à ce que l’absence de la photo dans la presse française devienne en elle-même un scandale et que cela occupe l’attention des journalistes une bonne partie de la journée.

Autre point commun entre ces deux crises majeures, l’annonce aujourd’hui de mesures par le gouvernement français. Mesures qui ne vont résoudre que partiellement les crises et sur du court terme seulement (et encore, voyons la mise en pratique pour en juger). Certes, il n’est pas simple dans ce monde interdépendant de résoudre les crises majeures mais il est déplorable de constater que si peu de prévention a été faite alors que ces drames étaient prévisibles.

Concernant l’immigration en Europe (mais aussi en Afrique ou en Asie du Sud-Est par ex), elle est souvent contrainte, une très grande majorité des personnes décidant de fuir leur pays où leur vie est menacée, physiquement et/ou socialement. Cela peut être pour des raisons politiques comme les conflits (Syrie, Irak, etc) ou les persécutions (minorités religieuses ou « ethniques », militant-es des droits de l’homme, de l’environnement, contre la corruption, etc). Les causes du départ sont aussi la misère économique dans de nombreux pays où il est difficile de trouver un emploi ou de vivre de son travail…

Je me rappelle avoir visité une grande exposition à Bruxelles dans les années 1994-95 qui montrait admirablement bien les différentes causes de l’émigration. Chaque visiteur se mettait dans la peau d’un-e émigré-e de façon aléatoire et commençait à vivre son parcours infernal entre son pays d’origine et son pays de destination. Des étudiants jouaient le rôle de policiers ou d’agents chargés des demandeurs d’asiles et on pouvait rapidement se rendre compte de l’humiliation vécue par ces personnes venant chercher un avenir moins brutal en Europe. Il serait bon de remettre à jour et diffuser massivement ce type d’exposition sur tout le territoire pour faire de la pédagogie sur les migrations. Le musée de l’histoire de l’immigration à Paris devrait aussi être décliné en régions pour contribuer également à rappeler que la France a toujours été un pays de migrations (in et out) et espérer ainsi faire baisser les scores du FN.

Evidemment, il faut prendre des mesures d’urgence pour gérer l’afflux de réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie, en Irak et partout où les conflits meurtriers inciteront toujours les gens à fuir pour sauver leur peau. Certains réfugiés ne cherchent qu’un  accueil temporaire et retourneront dans leur pays si cet exil forcé ne dure pas trop longtemps. Pour plein de bonnes raisons personnelles, d’autres renonceront à repartir et s’intégreront dans leur pays d’accueil comme ce fut le cas dans le passé et à présent pour de nombreux immigrés en Europe mais aussi de nombreux européens ayant émigré dans le monde à différentes époques. Chaque pays, chaque région, chaque commune peut prendre sa part dans cette politique européenne solidaire. Déjà, partout en Europe, des personnes et des familles viennent en aide aux réfugiés et on peut aisément imaginer qu’un vaste mouvement s’élance si les pouvoirs publics et/ou les associations compétentes accompagnent ce désir d’humanité et de fraternité. Rappelons l’immense mouvement lors de la crise des boat-people qui était d’ampleur similaire (environ 120 000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens accueillis en France)…

Mais il faut aussi être lucide, aucun pays, aucun région du monde ne peut aujourd’hui (ni demain) accueillir en peu de temps plusieurs millions d’immigrés dans des conditions de vie dignes. Emigrer sous la contrainte est un drame, quitter son pays d’origine et ses proches crée une souffrance qu’il est toujours préférable d’éviter. Il faut donc agir sur les causes pour empêcher la poursuite et même l’explosion (avec l’accroissement de la population mondiale et la multiplication des causes tel le changement climatique) de situations inhumaines et rapidement ingérables malgré toutes les bonnes volontés.

Il n’y a pas de recettes miracles mais il y a tout de même des politiques et des actions qui ont des chances d’avoir des impacts significatifs sur la réduction de l’émigration contrainte. Sur les conflits, des questions se posent. Nous occidentaux cherchons-nous vraiment à promouvoir la paix dans le monde quand on constate qu’Etats-Unis, France et Royaume-Uni sont parmi les 5 principaux exportateurs d’armes (Etats-Unis largement N°1 mondial) ? Comment se fait-il que des armées suréquipées n’arrivent-elles pas à anéantir l’armée de Daesch, notamment quand elles progressent dans des endroits inhabités ? Y-aurait-il besoin de conserver cet ennemi très médiatique pour détourner les opinions occidentales des vraies menaces de grande échelle que sont les crises sociales et écologiques ?

Puisqu’un certain nombre de conflits sont liés au contrôle des réserves pétrolières ou sont financés par certaines monarchies pétrolières, ne faudrait-il pas accélérer notre baisse de consommation de pétrole ? Avec tous les autres effets bénéfiques sur le climat, la pollution/santé, la balance commerciale… Voilà une autre bonne raison de « laisser les fossiles dans le sol pour en finir avec les crimes climatiques » ! L’utilisation majoritaire d’énergies renouvelables accessibles à tous ne permettrait-elle pas aussi de réduire de nombreux conflits liés à la mauvaise répartition géographique des énergies fossiles ?

La fin du soutien aux dictateurs et régimes/mouvements autoritaires ainsi qu’une véritable lutte contre la corruption (notamment via la fin des paradis fiscaux) ne réduiraient-elle pas les risques de conflits, de répression et de misère ? Soutenir et protéger les militant-es des droits de l’homme, de l’environnement, etc dans leur pays est une obligation morale et une chance de changements réels pour améliorer la vie dans ces pays et réduire ainsi le nombre de candidats au départ.

Le militant du commerce équitable que je suis depuis 1991 se doit de rappeler que la faiblesse des prix (des produits agricoles, manufacturiers, etc) et donc des rémunérations est responsable de la grande majorité de la misère sur cette planète. C’est le sens de la tribune « Le commerce équitable, un outil contre l’émigration contrainte » parue hier dans Politis à l’initiative de membres d’Artisans du monde, de Marc Dufumier (agronome) et de Véronique Moreira (EELV). Celles et ceux qui suivent les questions de famines et de sous-alimentation dans le monde savent déjà que « sur le milliard de personnes qui souffrent d’un apport alimentaire quotidien insuffisant, 50% sont de petits paysans, 10% des éleveurs, 20% des paysans sans terre et 20% des urbains pauvres » (ces urbains pauvres étant souvent des paysans ruinés partis rejoindre des bidonvilles).

L’application du modèle agricole occidental aux quasi 3 milliards de paysans obligerait plus de 2 milliards d’entre eux à trouver un travail ailleurs que dans l’agriculture. Comment imaginer que l’industrie ou les services pourront capter autant de main d’œuvre, pour produire quoi et le vendre à qui ? Il est donc fondamental de mener des politiques permettant de maintenir le maximum de paysans sur leurs fermes avec des conditions de vie dignes et donc des rémunérations suffisantes. Cela résoudrait d’ailleurs aussi un grand nombre des problèmes d’accès à l’eau, à l’énergie, à la santé, à l’éducation, etc que l’ONU et des ONGs tentent de régler en vain sans utiliser la rémunération des paysans comme levier alors qu’ils sont les principaux concernés par ces « Objectifs du Millénaire » onusiens.

Les mesures de soutien à apporter pour cela aux agricultures paysannes sont notamment présentées par Marc Dufumier dans son livre « Famine au Sud, malbouffe au Nord ». Pour illustrer l’un des choix politiques à faire en Europe, je dirais que plutôt que de signer un accord TAFTA avec les Etats-Unis (et d’autres accords de libre-échange moins connus), nous devons signer des accords de commerce équitable et permettre à des régions agricoles assez homogènes (L’UE, l’Afrique de l’Ouest, etc) de protéger leurs marchés agricoles comme nous l’avons fait avec succès à la fin du XXème en Europe (et devrions évidemment le refaire en parallèle d’accords de commerce équitable sur certains produits/pays).

Et c’est là que l’on revient encore à des similitudes avec la crise de l’élevage en France (et ailleurs comme on peut le voir avec les manifestations en Allemagne). Là aussi, il faut soutenir des prix rémunérateurs pour des paysans nombreux (des centaines de milliers d’emplois agricoles ont disparu en France, on imagine le potentiel d’emplois nouveaux avec une autre politique agricole). Cela passe par plus de régulation de l’offre pour l’ajuster à la demande comme l’UE a su le faire par le passé avant qu’elle n’élimine tous ces outils pour une libéralisation totale de l’agriculture (voir position hier de la Confédération Paysanne). Cela passe aussi par des achats publics (écoles, hopitaux, etc) auprès des paysans français c’est-à-dire la relocalisation de l’alimentation, ici et partout dans le monde car l’agriculture n’est pas une production comme les autres, il faut garantir une souveraineté alimentaire. Les organisations paysannes ouest-africaines, avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, réclamaient seulement de pouvoir nourrir leurs familles, leurs communautés régionales et nationales. Mais pas d’exporter pour nourrir le monde comme le prônent encore les dirigeants de la FNSEA et le gouvernement Valls aujourd’hui alors que c’est une impasse qui ne bénéficie réellement qu’aux multinationales (dont celle de Xavier Beulin, Pdt de la FNSEA…).

Pour produire notre alimentation, l’agriculture fait vivre ou survivre la moitié de la population mondiale. Il y a de nombreux leviers économiques et techniques identifiés permettant de faire vivre dignement les paysans sur leurs fermes. Les outils de soutiens et de régulation qui marchent sont connus des chercheurs. Sur le terrain, des milliers d’expériences locales et internationales (dont le commerce équitable) montrent la voie. Elles sont aussi des solutions efficaces pour diminuer les gaz à effet de serre ou permettre aux paysans de mieux résister aux effets du changement climatique.

Les crises sociales et écologiques s’accélèrent et s’amplifient, il est impératif de mettre en œuvre des actions fraternelles pour gérer l’urgence pour les réfugiés comme pour les éleveurs mais seules des politiques écologistes et altermondialistes apporteront des solutions de moyen et long termes.

En Equateur, la politique anti-écologique et autoritaire de Rafael Correa est vivement contestée

Ce vendredi 26 juin 2015, Manuel Valls devait se rendre en visite officielle en Equateur après trois jours passés en Colombie. Selon le communiqué de Matignon, ce déplacement voit « la signature de nombreux accords » et l’occasion « de porter, dans la perspective de la COP21 qui se tiendra en décembre à Paris, le message de la France en faveur du développement durable et de la croissance verte ». M. Valls est rentré en France en raison de l’attentat qui est survenu vendredi matin. Mais sa rencontre prévue avec le président équatorien Rafael Correa, le chef du gouvernement s’annonçait comme un entretien avec un autre expert de l’habillage écologique, selon des ONGs équatoriennes.

En effet, la politique de Rafael Correa, réélu en 2013, est de plus en plus contestée sur le plan écologique mais aussi social, économique et démocratique. Ainsi, Manuel Valls atterrit dans la capitale équatorienne, Quito, alors que des manifestations quasi quotidiennes y ont lieu pacifiquement depuis deux semaines ainsi que dans les principales autres villes. Les projets de loi taxant les plus-values immobilières et les successions cristallisent la mobilisation de l’opposition politique. Mais la récente forte hausse de la TVA exaspère les classes moyennes qui avaient pourtant voté massivement pour le président charismatique.

Quant aux syndicats de salariés, ils ont à leur tour défilé mercredi dans la capitale, dénonçant la baisse de 40 % des retraites (la part initialement versée par l’Etat mais que Correa vient d’annuler).

Face à cette contestation sans précédent depuis sa première élection en 2007, le président a dénoncé « une conspiration » de « gens très violents » lors de son émission télévisée hebdomadaire tournée depuis Milan où il visitait le pavillon équatorien à l’Expo Universelle. Ses partisans ont également manifesté dans la capitale, séparés de ses opposants par un important cordon policier. A son retour dans le pays andin le 15 juin, Rafael Correa a cependant repoussé les projets de loi contestés pour tenter de calmer l’opposition. Mais la mobilisation ne faiblit pas, et une manifestation jeudi 25 juin dans la capitale économique Guayaquil a rassemblé plusieurs milliers d’opposants.

Mouvements écolos et indigènes traités comme des ennemis de l’intérieur

Au-delà d’une opposition politique logique de la part de la droite équatorienne, l’exaspération d’anciens électeurs de Correa témoigne de la colère montante contre l’attitude de plus en plus autoritaire du président. Selon Ivonne Yanez, de l’ONG Accion Ecologica (fondée en 1986), ce virage répressif a eu lieu dès 2009 quand son organisation et la Confédération kichwa de l’Équateur (Ecuarunari), l’une des principales organisations indigènes, ont organisé des marches contre les projets de loi sur les mines.

Utilisant un décret présidentiel permettant de dissoudre une organisation de la société civile « si elle porte atteinte à la sécurité ou aux intérêts de l’État », le gouvernement Correa a interdit Accion Ecologica en mars 2009 avant de reculer face aux protestations. En décembre 2013, c’est la Fondation Pachamama, sur les droits des communautés indigènes, qui a été interdite d’exercice après s’être opposée à un nouveau plan gouvernemental d’exploitation pétrolière en Amazonie.

Soutiens importants du candidat Correa en 2007 grâce à ses promesses de défense de leurs droits et territoires, les mouvements indigènes sont désormais traités comme des ennemis de l’intérieur. Dernière illustration, la tentative d’expulsion de la Confédération des Nationalités Indigènes d’Equateur (CONAIE) de son siège en décembre 2014 et qui a été dénoncée par 450 intellectuels et activistes du monde.

L’abandon du très symbolique projet Yasuni ITT en août 2013 par Rafael Correa pèse également dans ses relations avec les écologistes et les communautés indigènes. Initialement proposé par Accion Ecologica et le réseau Oil Watch lors des négociations sur le climat en 1997, ce projet vise à renoncer à l’exploitation du pétrole dans le parc naturel Yasuni considéré comme l’une des réserves de biosphère les plus importantes au monde par l’Unesco et où vivent encore des peuples indigènes en isolement volontaire.

C’est Alberto Acosta, allié de Rafael Correa en 2007 et proche des écologistes, qui en fit, en 2007, un projet officiel défendu internationalement par le président. Mais pour celui qui est devenu depuis un adversaire politique de Correa, celui-ci n’y a jamais cru, « cela lui a juste permis de se donner une image positive dans les milieux progressistes occidentaux ».

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Remise des signatures pour un référendum à la CNE par le Collectif Yasunidos le 12 avril 2014.

Début 2014, le collectif Yasunidos a remis 757 636 signatures d’électeurs équatoriens au Conseil National Electoral (CNE), un nombre supérieur au seuil minimum permettant d’organiser un référendum populaire contre l’exploitation du Yasuni ITT. Mais le CNE a rejeté la validité des signatures, de manière frauduleuse selon les ONGs qui ont mobilisé les signataires. Lors de son trajet vers la COP 20 de Lima, le Collectif Yasunidos a vu son bus immobilisé à la frontière par la police équatorienne.

Politique extrativiste et répression

Selon Alternatives au Développement Extractiviste et Anthropocentré (ALDEAH) qui développe une critique argumentée sur la politique de Rafael Correa, avant son arrivée au pouvoir, « 30% de l’Amazonie équatorienne était concessionnée aux entreprises pétrolières, aujourd’hui, c’est presque 80 % ». Symbole du conflit entre pétrole et biodiversité, le parc Yasuni est devenu une zone interdite d’accès aux regards indépendants. Une délégation de parlementaires allemands, dont le pays finance une bonne part de la protection du parc, a même été interdite de territoire en décembre 2014 alors qu’elle voulait l’inspecter…

L’activité minière est l’autre grande source de vives tensions entre le président et les mouvements écologistes et indigènes. Dans le sud du pays, des communautés autochtones Shuar opposées à l’exploitation minière de leur territoire sont intimidées, selon la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme). En décembre 2014, l’un des leaders Shuar des opposants à l’industrie minière (ici en partie chinoise) a été retrouvé mort sur le bord du fleuve Zamora. Au nord, dans la région de l’Intag, c’est un projet de mine de cuivre que refusent les familles paysannes depuis plus de vingt ans. Après avoir obligé des compagnies japonaise et canadienne à renoncer à exploiter cette mine, ces familles sont désormais confrontés à la volonté de Rafael Correa de mettre en œuvre ce projet avec une compagnie chilienne.

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Des policiers sont restés plusieurs mois dans le village
de Junin, présidé par Javier Ramirez

En décembre 2013, inquiète pour la sécurité de l’un des opposants, Amnesty International a lancé une action urgente. Auparavant, Rafael Correa avait publiquement accusé Carlos Zorrilla, habitant de la région mais d’origine cubaine, de mener des activités « déstabilisatrices » et « constituant une ingérence étrangère dans la politique nationale ».

Pour sa part, en 2014, le leader d’une communauté villageoise impactée par ce projet, Javier Ramirez, a passé dix mois en prison accusé à tort de sabotage, terrorisme et rébellion selon la FIDH. Devant la grande banderole posée devant sa maison, Javier m’explique que la compagnie d’Etat a depuis réussi, avec l’aide des militaires, à s’installer sur la concession et à commencer l’exploration. Malgré les intimidations régulières, il promet de continuer à lutter pour empêcher l’exploitation à ciel ouvert qui pourrait démarrer d’ici trois ans et dévasterait les ressources naturelles vitales pour ces communautés paysannes.

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Javier Ramirez

Le masque tombe

Ces exemples de répression de luttes citoyennes et la position anti-avortement du président Correa détonent avec son image progressiste répandue dans les rangs d’une partie de la gauche en France. Certes, sous l’impulsion du mouvement social équatorien qui a soutenu sa première élection, une Constitution progressiste a été rédigée puis adoptée par référendum en 2008. Elle donne notamment des droits à la nature et renforce tous les droits humains. Un secrétariat d’Etat du Buen Vivir a effectivement été mis en place, ce que ne manque pas de rappeler le président lors de ses voyages à l’étranger.

Mais dans les faits, la « Révolution citoyenne équatorienne » semble bel et bien sacrifiée par la politique extractiviste et la dérive autoritaire de l’économiste Correa. Si les cours élevés du pétrole lui ont permis de financer de réels programmes sociaux pour les plus pauvres, il n’a pas pour autant réorienté le modèle économique du pays vers un usage sobre des ressources naturelles et compatible avec un réel « Buen vivir » de toute la population équatorienne. La chute du prix du baril fait aujourd’hui tomber le masque.

Dans ce contexte, on peut se demander si Manuel Valls ne vantera pas plutôt auprès de Rafael Correa le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre plutôt que de développement durable… A moins que le très catholique président n’ait été converti depuis par l’encyclique écologique du pape François avec qui il aura d’ailleurs l’occasion d’en débattre lors de sa venue à Quito les 5 et 6 juillet prochain.

NB : Cet article a été publié dans le magazine en ligne Reporterre le 26 juin 2015.


Pourquoi j’irai, en tant que militant écologiste, manifester contre la loi sur le renseignement le 4 mai.

Comment croire que cette loi servira en priorité à éviter de terribles attentats quand on constate les choix récents concernant l’utilisation des forces de l’ordre. Alors qu’il n’y avait qu’un dispositif policier léger affecté à la protection de l’équipe de Charlie Hebdo, pourtant clairement menacée par les intégristes, le gouvernement Valls décidait de mobiliser 200 gendarmes et un hélicoptère pendant plusieurs semaines pour défendre le projet de barrage de Sivens. Quelles sont réellement les priorités du gouvernement ?

En décidant de réprimer ainsi violemment, y compris avec des armes militaires comme celle qui a tué Rémi Fraisse, des défenseurs de l’environnement très majoritairement non-violents, Valls ne faisait-il pas simplement qu’appliquer l’Etat de droit comme demain il plaidera qu’il utilise cette loi seulement pour protéger les Français ? C’est évidemment ce que la communication officielle a tenté de faire croire à l’opinion mais il est aisé aujourd’hui de démontrer le contraire en quelques lignes.

Quand la répression s’est abattue froidement sur les opposants au barrage le 1er septembre 2014, le gouvernement savait, depuis juillet 2014, que la Commission européenne considérait ce projet comme contraire au droit européen (ce qui s’est confirmé par une procédure d’infraction fin novembre 2014). Interpelés depuis 2013 par des associations, des conseils scientifiques et des élus, les services locaux de l’Etat et les Ministères savaient que les critiques du projet (alternatives non étudiées, surdimensionnement, études d’impacts insuffisantes, gouffre financier public pour peu de bénéficiaires…) étaient fondées, ce que les deux rapports d’experts ont ensuite confirmés. Quand Valls a rassuré la FNSEA le 6 septembre 2014[i] en lui disant qu’il « tenait bon à Sivens », après déjà une semaine de brutalités contre des opposants légitimes, il avait volontairement fait le choix d’utiliser de nombreuses forces de l’ordre non pas pour défendre l’intérêt général ou l’Etat de droit mais pour défendre des intérêts économiques et politiques d’une minorité. Car il est désormais évident que ce projet de barrage bénéficiait d’abord au modèle agro-industriel des dirigeants de la FNSEA, aux entreprises du BTP, à la santé financière du bureau d’étude et constructeur de barrages (la CACG) et aux calculs politiciens de certains notables locaux.

Le détournement de moyens publics (financement du projet, administration, forces de l’ordre et moyens de renseignement…) aux profits d’intérêts privés dans le cadre du barrage de Sivens l’est malheureusement aussi concernant beaucoup d’autres luttes citoyennes et non-violentes (anti-OGM, défense d’une agriculture paysanne, opposition aux projets d’aménagements inutiles et imposés, sortie du nucléaire, etc).

Comment croire que cette loi sur le renseignement ne servira pas au gouvernement Valls (et ses successeurs défendant le système oligarchique[ii] qui remplace progressivement notre fragile démocratie) à mieux réprimer les mouvements citoyens qui se mobilisent contre l’intérêt des puissants et de leurs alliés ? Pour diverses raisons, Valls et Hollande veulent absolument lancer de grands chantiers de travaux publics (aéroport NDDL, autoroute, LGV, THT…), poursuivre le nucléaire, exploiter le gaz de schiste, etc. Mais, sur ces questions, les mobilisations citoyennes emportent de plus en plus de succès. La volonté de Valls de faire échouer le mouvement des ZADs en réprimant illégalement celle de Sivens (la ZAD du Testet) s’est retournée contre lui quand ses consignes d’extrême fermeté ont conduit ses troupes à tuer Rémi Fraisse, ce qui a donné une forte visibilité au phénomène zadiste et l’a ensuite amplifié sur le territoire.

Face à ce renforcement de la contestation, Hollande laisse croire que les citoyens seront mieux écoutés (si j’ose dire…) à travers une réforme de la démocratie participative pour les projets impactant l’environnement[iii]. Si les débats multi-acteurs en cours sont riches et vont dans le bon sens, il y a peu d’espoir que cette réforme, qui est annoncée au Parlement pour l’automne prochain, n’accouche pas d’une souris verte… D’ici là, le gouvernement espère toujours que la loi Macron sera enfin adoptée et lui donnera ainsi le droit de légiférer par ordonnance pour modifier le droit de l’environnement et de l’urbanisme. Selon Le Monde[iv], il pourra ainsi « moderniser et simplifier » les procédures de « participation du public à l’élaboration de certains projets » et enfin « accélérer le règlement des litiges relatifs aux projets susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement ». D’un côté, Hollande et Valls promettent plus de démocratie, plus d’écoute de la société, d’un autre, ils demandent à pouvoir faire passer en force de nombreux projets contestés par ordonnance…

Ce passage en force, plus facile grâce à la loi Macron, ne manquera pas de mobiliser de nombreux citoyens et des résistances fortes sur le terrain quand les bulldozers menaceront. Et c’est là où l’attentat contre Charlie Hebdo est l’aubaine pour le gouvernement puisqu’il espère que l’émotion suscitée lui permettra de faire passer cette loi liberticide sur le renseignement. La version initiale du projet de loi était d’ailleurs sincère puisqu’était désormais inclue dans le champ du renseignement la « prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ». En résistant collectivement sur le terrain à Notre-Dame des Landes, à Sivens et ailleurs, nous sommes régulièrement accusés de troubler la paix publique. Donc, quelques mois après la longue répression à Sivens, on comprend bien qui est visé, à côté des terroristes, par ce projet de loi. D’ailleurs, nous avons désormais l’habitude d’être traités comme des ennemis de l’intérieur[v], comme des terroristes.

Il ne faut pas se laisser endormir par la modification du projet de loi qui vise désormais la « prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions et des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale ». Cela reste flou et nous sommes dans le collimateur, quelque soit le contenu du texte final. Comme nous le répètent les gendarmes à chaque fois que nous protestons contre leurs actions illégales (brutalités, destruction de véhicules et autres effets personnels…) : « Vous n’avez qu’à déposer plainte ! ». Oui, c’est vrai mais beaucoup de plaintes ont été refusées ensuite par les gendarmes, les autres sont actuellement sans suite. Comment alors, demain, en tant qu’organisateurs de mobilisations, en tant que Zadistes occupant sans violence un chantier illégal, pourrons-nous faire reconnaître que nos communications sont surveillées illégalement ? Même si nos mouvements sont déjà régulièrement surveillés avant cette nouvelle loi, nous savons que celle-ci va fortement amplifier les moyens techniques des services de renseignement, affaiblir nos capacités de mobilisations et violer notre vie privée.

A l’heure où de plus en plus de gens, en France et ailleurs, rejoignent nos idées et nos combats, nous devons absolument résister à cette loi qui vise à nous intimider et à réprimer encore plus nos actions collectives pour l’intérêt général. Chaque militant/e écologiste, chaque zadiste, chaque paysan/ne, chaque citoyen/ne solidaire des migrants, etc devrait se sentir menacé/e par ce projet de loi et se mobiliser. Pour ma part, j’irai donc manifester lundi 4 mai à 18 h 30, place des Invalides, à Paris. J’espère que les organisations écologistes, de défense de l’environnement, la Confédération Paysanne, etc rejoindront les organisations qui appellent à ce rassemblement. Avant que nos prochaines résistances ne soient sous haute surveillance…

A noter qu’une pétition en ligne a déjà recueilli 119 000 signatures remises ce mardi à Matignon, vous pouvez encore la signer ici.


[i] M. Valls prétend que le barrage de Sivens servira à installer de jeunes agriculteurs, Grégoire Souchay (Reporterre), 09/09/14

[ii] Comment les riches détruisent le monde, Hervé Kempf (Reporterre), 7 juin 2012

[iii] Voir web de la Commission spécialisée sur la démocratisation du dialogue environnemental et les 20 propositions de mouvements de citoyens

[iv] Loi Macron : la modification par ordonnance du droit de l’environnement approuvée, Le Monde.fr avec AFP, 07/02/15

[v] Voir les chapitres 8 et 9 de mon petit livre Sivens, un barrage contre la démocratie, Ben Lefetey (préface de José Bové), Editions Les Petits Matins.